Du songe universel notre pensée est faite

« La tempête » épisode 2 – Ceci a lieu dans un univers parallèle sur une planète égarée. Tout ce qui est narré ci-bas n’est que chimère et artifice, rêve, conte et forfanterie.
Jeanne erra quelques instants sur les quais du port, étourdie par les couleurs et le bruit, saoûle de ne plus sentir le mouvement des vagues sous le corps. Elle aimait et détestait à la fois cette sensation d’excitation à l’idée de faire tout ce que la vie en mer lui interdisait et l’étourdissement provoqué par la vie grouillante des ports. C’était à chaque fois plus difficile, mais aujourd’hui en plus, elle savait qu’il lui faudrait rester à terre plus longtemps. Elle n’avait aucun projet précis en tête, ça ne lui était pas arrivé depuis de nombreuses années. Son esprit était ouvert à toute opportunité.
Elle monta par les ruelles sinueuses jusqu’au coeur de la ville, une grande place au pied de la cathédrale. Les rues, la place étaient envahies par la foule. Il faisait chaud, des odeurs de fritures se mêlaient aux parfums des femmes et aux odeurs musquées des hommes. Le marché du soir avait remplacé celui du jour. Les marchands de légumes et les poissonniers étaient partis les premiers, dès l’angélus de midi leurs étals étaient vides. Restaient les crèmiers et les charcutiers qui vendaient force casse-croûtes aux promeneurs. Les marchands de sucreries et surtout les boutiques de babioles et de souvenirs couvraient la place. La foule s’épaississait en attente des musiciens qui arriveraient avec la nuit. Il ne restait que peu de sièges vides aux terrasses des bars et des restaurants.
Soudain Jeanne se rappela la Librairie du Coin de la Rue. Elle accéléra le pas se demandant si la boutique était encore ouverte. Elle avait sympathisé avec Lou, la jeune libraire lors de son dernier voyage dans la région. Par chance celle-ci peinait à mettre ses derniers clients dehors. La fête en ville avait attiré tant de monde que même cette petite librairie était encore bondée en ce début de soirée. Devant les étagères chargées de livres anciens imprimés sur papier, les écrans scintillaient. Toutes les places étaient occupées. Puis un homme se leva. Il jeta un regard aimable à Jeanne pour l’inviter à s’installer à son tour. Elle téléchargea plusieurs romans ainsi que quelques essais sur son intégral en attendant que la librairie finisse par se vider. Lou accepta gentiment de garder les aquarelles dans son arrière-boutique pendant quelques jours. L’ex-capitaine du Cinglant retourna libérée de ce poids se chercher quelque chose à grignoter sur la grand-place.
L’homme qui avait cédé sa place à la librairie se tenait debout, un verre à la main, sous la statue du poète local, au centre de la place.
« Du songe universel notre pensée est faite;
Et le dragon était consulté du prophète,
Et jadis, dans l’horreur des antres lumineux,
Entr’ouvrant de leur griffe ou tordant en leurs noeuds
D’effrayants livres pleins de sinistres passages,
Les monstres chuchotaient à l’oreille des sages. » Victor Hugo
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