Il est plus facile d'en ignorer les lendemains

« La tempête » épisode 6. Ceci a lieu dans un univers parallèle sur une planète égarée. Tout ce qui est narré ci-bas n’est que chimère et artifice, rêve, conte et forfanterie.

Royan, le 5 Aout 1711,

Cher Jeanne

Pardonnez ma distraction mais plusieurs fois vous m’avez citée cette fameuse tempête et j’ai pas eu le réflexe de vous questionner plus avant sur cette dernière.
Qu’en est-il : est-ce la tempête des sentiments dont vous me parlez ou une tempête en bonne et due forme venteuse, ouraganesque et inondante à souhait ?
Dans les deux, je serais là, à vos côtés pour résister aux éléments qu’ils soient du cœur ou du ciel.
Voyez en moi celui qui désormais cheminera à vos côtés sur les chemins de la connaissance et de l’onirisme.
Je pars de Royan à présent pour me rendre à Bordeaux, territoire du Duc d’Aquitaine, Aldebert de BoisJuppé.
En espérant que la distance ne soit pas trop douloureuse pour tous les deux …

Lorenzo, anti-tempête

***

Île des Paluds, le 5 Aout 1711,

Cher Lorenzo,

Vous m’étonnez à nouveau, comment pouvez-vous parler d’une tempête des sentiments quand nous sommes à la veille d’un cataclysme ? Ah comme je vous envie d’avoir le coeur aussi fôlatre qu’un vol de papillon !
Soit, soyez frivole, cela me convient, les temps à venir sont si incertains qu’il me faudra bien un peu de votre charmante futilité pour les affronter.
La « tempête » en perspective touchera toutes les parties du monde connu. Il est probable qu’elle sera dans un premier temps venteuse, inondante ou sismique, qu’elle sera bien physique et fatalement mortelle avant d’être métaphysique. Cela entraînera dans un second temps une profonde mutation de tous les rapports sociaux.
Allons, vous aussi, reconnaissez que devant l’énormité des changements affectants notre monde, il est plus facile d’en ignorer les lendemains. C’est pourquoi chacun vaque à ses affaires habituelles, travaille, se distrait, et se passionne pour des amusette sportives, politiques ou financières.
Mais voyez-vous, j’ai pour ma part quelques occupations fort anodines également, je dois trouver un emplacement pour chacune de mes précieuses aquarelles dans cette maison que j’habite à présent. Je n’ai pas encore réussi à me résoudre à les remplacer par des écrans.

Soyez prudent sur la route,

Jeanne, capitaine à terre

***

Île des Paluds, le 6 Aout 1711,

Cher Lorenzo,

Tôt ce matin je suis allée à la pêche au phoque à travers les rochers de l’archipel au nord de l’île. Piètre motif ! Je n’ai jamais eu l’intention d’abattre l’un de ces nobles animaux, bien que j’en convienne, leur chair est excellente. Je laisse à d’autres cette macabre tâche. Non, ce qui m’attirait dans cette escapade en kayak, c’est la communion avec les éléments naturels.
Naviguer de la seule force des bras et pour ainsi dire, assise sur l’eau, le nez à hauteur des vagues, emplit le corps et l’esprit des forces de la nature. Rien n’est plus propice au relâchement de l’âme. J’écoutais les oiseaux de mer défendre leur territoire de pêche, chassant parfois l’un d’eux, trop virulent et au bec trop saillant, d’un mouvement de pagaie dans l’air.
J’avais grand besoin de ce retour au naturel qui me sied mieux que la fureur des villes où nous nous sommes trouvés l’autre jour. Il me permet de chercher les mots pour vous décrire peu à peu tout ce qui encombre mes pensées.
Et croyez-moi si vous le voulez tant l’évènement fut inhabituel, une jeune sirène s’approcha de mon kayak, nagea quelques temps de concert, puis d’un mouvement brusque, sauta sur le plat-bord au risque de me faire esquimoter. Elle resta ainsi, allongée sur l’esquif, chantonnant tout au long de mon excursion jusqu’à ce que je revienne vers l’île, où la présence humaine la fit retourner à l’océan d’un plongeon gracieux.
Je reviens à mes préoccupations. Vous me questionniez hier sur ce que j’appelle « la tempête » à défaut de mieux, mais je vous l’ai dit, malgré les dangers que j’entrevois venir sur notre monde, j’ai grand espoir de voir une belle évolution dans tout ce qui régit les rapports humains.
C’est pourquoi je m’efforcerai de vous rapporter des témoignages de la naissance d’un nouvel âge par quelques récits de voyage et descriptions diverses. Mais tout d’abord, il me faudra vous détailler mon île et les moeurs peu communes de ses habitants.
Ah ! Je vais devoir vous quitter sur cette promesse, voici des amis qui arrivent me visiter à l’improviste. Je vous écrirai peut-être à nouveau ce soir si mes visiteurs ne s’attardent pas. Je tacherai de répondre à votre brève missive concernant les parlementaires de ce pays, qui me choque autant que vous !

Au plaisir de vous lire,

Jeanne, dompteuse de sirènes

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