L’idée d’un chimérique renoncement aux livres

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dans le métro (photo sur flickr )

« L’idée d’un chimérique renoncement aux livres : naïveté de ce rêve qui vient à ceux qui veillent trop tard, trop longtemps, sur trop de livres. Non. L’issue, s’il y en a une, serait dans une généralisation de la maladie : mobilisant pour chaque seconde de chaque jour ce désespoir d’abord circonscrit à la seule chambre de lecture, d’abord actif dans le seul temps de lire. Contemplant tout, visage, aurore, pierre, comme autant de livres proposés. »
Christian Bobin

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Je ne suis pas d’ici non plus

Eblouie et perdue, je naviguais au hasard des allées surchargées de livres, d’écrivains et de lecteurs du Festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo, quand je me suis trouvée coincée par la foule, nez-à-nez avec Michel Le Bris lui-même. Que faire ? sinon lui débiter quelque niaiserie et lui demander une dédicace sur un bouquin parmi ceux posés sur la table près de lui. Je connais peu Michel Le Bris, bien que j’ai lu son merveilleux “Un hiver en Bretagne” et “Les anges noirs de l’utopie”, le bel essai-préface de l’”Histoire générale des plus fameux pyrates” de Daniel Defoe. J’ai donc préféré d’emblée son autobiographie publiée l’année précédente à tout autre livre. Quitte à faire connaissance, autant plonger directement à la source !

L’homme aux semelles de vent me dédicaça les vagabondages dans ses Bretagnes imaginées et, enthousiaste et modeste, me remercia d’être venue au festival. J’aurai dû tomber immédiatement sous le charme des yeux clairs et de la formidable puissance contenue derrière ce large front, mais l’évidence parfois fait peur. Au moment de mettre la main sur un trésor, pourquoi le geste se suspend-il quelques instants ? Pourquoi prend-on le temps d’une pause parfois juste avant d’atteindre un sommet ? Peur d’être déçu par ce que l’on va découvrir ne soit pas à la hauteur de ce qu’on avait imaginé ? Non. La peur vient du vertige de la découverte d’un nouvel horizon. Ce trésor presque atteint, cet horizon bientôt dévoilé va m’emporter plus loin que ma propre imagination ne m’a préparé. Le temps n’était pas venu pour moi de lire cette île au trésor, ce capitaine héroïque, ce rocher romantique, ce celte au pied léger, ce flibustier de la littérature. Le livre traina plusieurs mois sur les étagères. Je savais, depuis Un hiver en Bretagne, qu’il me fallait rejoindre mon port-refuge, ma cabane au bord de l’eau, pour pouvoir supporter l’émotion déclenchée par “Nous ne sommes pas d’ici”.
Cet extrait du premier chapitre, pour vous faire ressentir peut-être un peu de ce qui m’émeut terriblement chez Le Bris, au point d’avoir le visage baigné de larmes et la gorge nouée des heures, et qui du coup avait stoppé ma lecture après “Un hiver en Bretagne” :

“Je n’aurais pas ressenti la présence du monde avec cette violence si je n’avais pas eu une enfance solitaire, avec pour l’essentiel la mer, les rochers et le vent à qui parler. Mais c’est secondaire : dans les tréfonds, dès le début, il y avait… un appel. Comme une note, dans les lointains, qui éveillait en moi d’infinis échos. Une nostalgie était en moi, qui me rongeait déjà…
Les vents. Je les écoutais s’engouffrer dans la Baie de Morlaix. Ils venaient d’Irlande, de mer du Nord et pourquoi pas me disais-je, des champs de glace du Groenland ? Ils secouaient les murs, pliaient les arbres sous leurs rafales, avant de s’échapper dans un cri de colère, les nuages roulaient dans le ciel bas comme un charroi de pierres et j’imaginais, très loin dans la nuit noire, des tempêtes formidables… Ou bien c’était comme une caresse, au printemps, une musique au bord de l’âme, l’invite à les venir rejoindre pour une course vagabonde, par-delà l’horizon. Je courais le long de la grève, des bateaux sortaient de la baie en s’enveloppant d’écume, et moi, le coeur battant, l’esprit ennivré, je sautais de rocher en rocher jusqu’à ce que leurs voiles s’enfoncent sous l’horizon. Un jour, oui, un jour moi aussi je m’en irais ! Une douleur soudaine me coupait bras et jambes : je n’étais pas d’ici…”

J’ai véritablement dévoré, souillant de notes au crayon et de pliures les pages de son autobiographie. Michel Le Bris est un monument en marche à suivre et à découvrir au plus près. Quelle folie de ne pas l’avoir lu plus tôt ! Mais restons sage, sans doute n’étais-je pas encore assez amarinée pour supporter cette houle du grand large. Bref je suis sidérée et brûle de poursuivre mes lectures. Déjà j’ai cassé hier ma tirelire pour le Dictionnaire amoureux des explorateurs.
Mais voici un extrait du chapitre « Vers une littérature-monde » qui peut directement vous parler, vous internautes, pirates, propulseurs et apprentis-cyborgs :

“Nous pensons – ou l’on s’obstine à nous faire penser – dans les catégories du stable, Etat-nation, territoires, frontières, opposition intérieur-extérieur, familles, communautés, identités, concept.
[…]
Que serait une histoire à l’inverse de celle enseignée, qui se penserait d’abord à partir de ces circulations de marchandises, de personnes, d’argent, d’idées, de croyance, de rêves, au fil des routes ?
Penser en termes de flux et non plus de structures, oser sortir des catégories du stable pour se risquer à une pensée du mouvant : il se pourrait bien, souligne le philosophe indien Arjun Appadurai dans Après le colonialisme (Payot, 2001) que le monde qui vient nous y oblige très vite. Flux de populations, comme jamais le monde n’en connut, migrations, volontaires ou subies, flux de capitaux, flux d’images, de sons, d’informations, dont nous voyons bien qu’ils traversent toutes les structures qui tentaient jusque là de les contenir ou de les réguler, qu’accompagnent de fantastiques téléscopages culturels : un maelström, où meurt un monde et s’engendre un nouveau, dont nous ne commençons qu’à peine à discerner les contours mais d’où nous sentons bien qu’il exigera de nous un changement de coordonnées mentales. Où l’imaginaire individuel et collectif, paradoxalement, pourrait retrouver une place centrale de puissance de création, poursuivait Appadurai, par la création de communautés imaginaires, fluides, plurielles, en perpétuelles recompositions, mais aussi par la création de soi : chacun, de plus en plus au carrefour d’identités multiples, ne se retrouve-t-il pas mis en demeure d’avoir à inventer un « récit personnel » articulant pour lui, en une forme cohérente, cette multiplicité.”

Il va de soi que, ne le connaissant pas du tout, je n’aurais de tranquilité qu’après m’être renseignée sur Arjun Appadurai et avoir lu “Après le colonialisme”. C’est assez agaçant d’être à ce point inculte, n’est-ce pas ?

Troisième jour au port (ecrit le lendemain, comme les autres notes de blog)

Partout où j’allais, on me servait une version ou une autre des deux mêmes questions : « D’où tenez-vous ce nom bizarre ? » et « Vous avez l’air d’un gars plutôt gentil. Pourquoi vous voulez vous embarquer dans un truc sale et méchant comme la politique ? » (Barack Obama)

Peu de monde naviguait hier soir sur twitter, facebook et friendfeed. Pétole à cause de la canicule ? Après être allée se restaurer de moules-frites et d’une bolée sur la place des Halles au son (vacarme) du bagad local, Jeanne retrouve son siège devant l’ordi du cyber-café. Au bord de la mer, il y a suffisament d’air pour que le soleil soit resté supportable toute la journée. La soirée est douce, les gens sont dehors, le café ferme tôt, hélas. La petite clé USB de 2GO achetée hier en promo assure la navette des articles sur l’ordi fixe, non relié à internet.

Le Parti Pirate, c’est de la politique !

« Le Parti Pirate défend trois causes fondamentales : la modification du droit d’auteur, l’abolition des brevets et la défense du respect du droit à la vie privée. » (Parti Pirate)

Un profond changement s’est opéré dans nos civilisations grâce à la nouvelle facilité d’échange d’informations. Les internautes ont suivi, différemment de toute autre élection, celle d’Obama. Ils ont vécu les attentats de Bombay quasiment en direct. Ils ont vu avant les médias classiques un avion se poser sur l’Hudson. Ils ont contribué à faire d’une victime de la répression iranienne, l’icone Neda.

Internet offre des outils qui relient les personnes, les gens, en dehors des systèmes, par-delà les gouvernements, les médias et les frontières.

« Je suis restée à côté d’un enfant pour le voir appréhender un nouveau jeu en réseau auquel il souhaitait ardemment jouer avec ses copains de sixième du collège. C’est spontanément que le jeune utilise le jeu en réseau, ils sont nés avec les jeux et internet, c’est pour eux une évidence autant que l’électricité l’était pour nous. […] Il faut Créer le futur. C’est moins simple certes, que de diaboliser les nouvelles technologies. » (Sophie Dupont, Vous avez dit Networking? La Génération NETPLAY to WIN est déjà là !)

En réaction aux tentatives de contrôle d’Internet opérées par les états, totalitaires ou démocratiques, soutenus par les industries dont les bénéfices viennent surtout des brevets et des droits d’auteurs, émergent des mouvements politisés de défense des internautes.

Jeanne découvre que le PP, Parti Pirate (http://www.partipirate.org), a déjà trois années d’existence en France. C’est pour le moment une association, mais qui vise à devenir un réel parti politique, avec des élus.

Le PP est affilié au Parti Pirate International ( PP-I http://www.pp-international.net/) qui fédère des associations politiques de plus de trente pays. Le PP-I est actuellement coordonné par Andrew Norton, du Parti Pirate des États-Unis. Une ou deux fois par ans, l’un des PP nationaux se dévoue pour organiser une rencontre internationale IRL.

Il a été dit, ou écrit, qu’il existait trois partis Pirates en France. D’après le PP, le PP-CH, parti pirate canal historique (http://parti-pirate.fr/) et le PP sont en pourparlers pour se regrouper. Quant au PPF, Parti Pirate Français, il s’agirait d’une création pirate d’ un étudiant de Science-po, Rémy Cérésiani, essentiellement visible sur un groupe facebook, mais quasiment inexistante par ailleurs. Voila pour la cuisine locale. Quelle odeur de friture !

Mais un travail important d’élaboration d’une « Déclaration des Droits de l’Internaute » est en cours sur le forum du site partipirate.org (http://www.partipirate.org). Elle compte actuellement neuf articles qui définissent les droits fondamentaux des internautes-citoyens.

« Maintenant, le parti peut réellement commencer. Il est temps pour nous de dire au reste du monde que nous existons, que nous recrutons des membres, que nous levons des fonds et que nous fourbissons déjà nos armes pour les prochaines élections législatives. » (Andrew Robinson, Parti pirate britannique, août 2009)

« Le Parti Pirate (Piratpartiet ), qui a fait son entrée au Parlement Européen avec 7,1 % de voix en Suède, a choisi de s’allier au groupe des Verts pour peser sur les débats pendant la législature. » (Guillaume Champeau, numerama)

« En Allemagne, c’est le Bundestag, le parlement, qui accueille désormais un nouveau député “pirate”. Si c’est une entrée avant tout symbolique, elle rappelle à la classe politique que les citoyens et en particulier les internautes, n’hésitent plus à se saisir directement de certaines questions. » (Julien L., numerama)

Piraterie, partage de savoirs et liberté d’expression

Au cours de ses lectures, Jeanne découvre qu’un pirate peut se faire canoniser après sa mort par l’église catholique. Bravo Colomban ! Le moine copiste du VIème siècle était l’ancêtre du P2Piste.

« Les livres sont différents des autres biens et la loi devrait reconnaître ce fait. Les lettrés comme nous, à qui une nouvelle somme de connaissances a été transmise grâce aux livres ont l’obligation de partager ces connaissances à leur tour, en recopiant et en distribuant les livres aussi loin que possible. Je n’ai pas dégradé le livre de Finnian en le recopiant. Il possède toujours l’original et cet original n’est pas à moi. Il n’a pas plus perdu de sa valeur du fait que je l’ai retranscrit. Le savoir qui est contenu dans les livres devrait être disponible pour tous ceux qui veulent les lire et qui sont capables de le faire ; et il est injuste de dissimuler cette connaissance ou d’essayer de cacher les choses divines que les livres contiennent. Il est injuste de m’empêcher, moi ou quiconque, de les copier ou de les lire ou d’en faire des copies abondantes pour les disperser dans tout le pays. Pour finir, je soutiens qu’il devrait m’être accordé de pouvoir copier ce livre, car si j’ai beaucoup appris du travail difficile qu’impliquait sa transcription, je n’ai tiré aucun profit vénal de cet acte ; je n’ai agi que pour le bien de la société dans son ensemble et ni Finnian, ni son livre n’eurent à en souffrir. » (Saint Colomban, moine copiste irlandais du VIème siècle)

Quels rapports entre un SDF, un hippy et un geek ? Le Hobo américain est le premier hacker, d’après Yann Leroux.

« Les hoboes ont profondément marqué l’histoire politique des USA. Ils participent également à l’histoire du réseau internet. D’abord parce qu’ils ont été les premier à utiliser en masse un réseau de communication. Ensuite, parce qu’ils sont organisés par les même éléments que ceux qui organisent le réseau Internet : la masse, l’anonymat, la liberté de parole, la liberté de circulation. Enfin, ils ont constitué une contre-culture avec ses chansons – Hallelujah i am a bum – ses rites, son écriture, ses manières qui a fécondé jusqu’au mouvement mouvement hippie. » (Yann Leroux, Les hoboes premiers hackers)

Il existe des chansons de pirates ? C’est-à-dire dire des chansons ou un hymne de geeks, nerds ou assimilés ? Jeanne s’est inscrite sur last.fm et passe la soirée à naviguer avec la play-list de son tout nouvel ami Fandart en toile de fond. Le choix est cool.

Pseudo, image, avatar, profil et identité

« L’avatar surtout un espace de dépôt.  Il est le support de cette série de mécanismes qui consistent en une périphérisation d’une partie de soi. » (Yann Leroux)

Fandart, alias Ulrich, Hajen et ufromy évoque à Jeanne la question du pseudo, de l’avatar et de l’identité sur Internet.

Jeanne ArGall est donc un espace de dépôt. Sympa. Merci Yann !

C’est peut-être la raison pour laquelle elle est ici évoquée à la troisième personne. Il y a bien cependant derrière cet avatar une ou plusieurs personnes réelles, vivant dans un monde de cellulles biologiques. Le choix d’un prénom et d’un nom facilite la reconnaissance. Les mêmes prénom et nom seront utilisés autant que possible sur tous les supports et plateformes d’internet sur lesquelles la ou les personnes rélles conduisant cet avatar vondrait/vondront s’exprimer.

Nota : les extraits et citations viennent pour la plupart d’articles collectés sur Google reader (lien ci-dessous). Peut-être faudra-t-il aussi référencer ces articles sur un site tel que Del.icio.us ou Diigo, afin de les retrouver plus facilement par mots-clés ?

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