Quatrième jour au port

Article 0 : Le droit à un accès Internet est un droit fondamental détenu par tous les citoyens. Ce droit est compris par la Déclaration Universelle des droits de l’Homme et reconnu par le Parlement européen comme le droit universel à l’Education et à la Culture. Aucune autorité, privée ou publique, ne saurait en priver le citoyen qui en a l’usage ou qui souhaiterait en avoir l’usage. (Parti Pirate, projet de Déclaration des Droits de l’Internaute)

Vie de pirate

« Savoir, penser, rêver. Tout est là. » (Victor Hugo)

J’écris cette fois en revenant du café, d’où j’ai quitté ma connexion légèrement grisée par la Philomenn, une petite rousse du Trégor qui m’attendait au comptoir. La nuit tous les geeks sont gris. Pas de canicule pourtant ce jour, le ciel était venteux, la brise fraîche à faire plier les tangons. Mais le vent assèche les matelots vissés au port. Le miroir de Jeanne est ébréché, la piratesse un peu éméchée se regarde face à face. Qu’ont donc ces geeks qui traînent le soir sur les vagues d’internet pour attirer ainsi la rebelle mensongère ? Un message, un lien subtil glissé en retweet et la toile s’illumine d’étincelles d’esprits connexes. Il est temps pour elle de regagner le large. La vie à terre alourdit ses ailes. Le quatrième jour au port lui a fait découvrir le sens de la toile, qui n’en a pas : des fils de traîne et de navette en grand désordre, et ni tisseuse ni arachnide n’y retrouverait ses petits. Car ce sont les noeuds qui importent. Qui importent et partagent. Les connecteurs chers à Thierry Crouzet. L’image de neurones revient à l’esprit. Ou celles de constructions fractales. L’humain se pense en construction humaine, se construit à l’image de ce qu’il sait du vivant. Il fera jour demain. La Philomenn sera évaporée et Jeanne reprendra son récit.

Matin :

Aller à la « pêche aux godillots »

Anticonstitutionnellement. Quand Jeanne était petite, elle avait appris que ce mot difficile à prononcer était le plus long de la langue française. Elle n’en comprenait pas le sens. Comment des personnes sensées écrire des lois pouvaient-elles ne pas suivre la Constitution ? Quand on est môme, ceux qui ne suivent pas les règles, on appelle ça des tricheurs. Et quand ceux qui établissent les règles ne les respectent pas, ce sont des mauvais joueurs. Quant à ceux qui ne respectent pas les lois mauvaises, ce sont des pirates.

« Ceux qui ne veulent pas comprendre sont en fait en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis. Ils doivent comprendre que la technologie est en train de bouleverser leur monde, et que ce n’est pas une stratégie d’arrière-garde qui va les protéger. » (Jacque Attali, « On a une guerre de retard »)

Le projet de loi Hadopi 2 est funeste pour la démocratie et dépasse le seul intérêt des internautes. Il reste anticonstitutionnel comme le premier. Il menace les libertés individuelles, il maintient la présomption de culpabilité, il méprise les droits de la défense. La proportionnalité des peines est mise à mal. La liberté d’expression est en danger.

L’amende pour suspicion de téléchargement par défaut de sécurisation est aberrant. Comment un gouvernement d’un pays démocratique peut-il défendre la pose d’un mouchard sur chaque ordinateur connecté ? Citoyen ordinaire, entreprise, journaliste, avocat, médecin, curé ? Avec le projet de loi LOPPSI qui suit, c’est la porte ouverte au contrôle général de tous les échanges numériques.

« Nous sommes inquiets par ce projet de loi. Nous redoutons une utilisation excessive de ce système d’espionnage par la police, qui pourrait mettre en danger la protection des sources journalistiques. Le cadre de mise en œuvre de la captation des données informatiques doit être plus clairement défini. Nous demandons aux parlementaires de présenter des amendements pour mieux encadrer ce projet. » (Reporters Sans Frontières face au projet de loi LOPPSI du gouvernement français)

Tiens, il est encore temps d’aller à la pêche aux godillots ! C’est le grand jeu de l’été proposé par la Quadrature du net, qui se poursuit jusqu’au 14 septembre, jour du vote solennel à l’Assemblée Nationale de la loi Hadopi 2.

Et de tant d’indignités que les bêtes elles-mêmes ne supporteraient pas si elles les sentaient, vous pourriez vous délivrer si vous essayiez, même pas de vous délivrer, seulement de le vouloir. (La Boétie, Extrait du Discours de la servitude volontaire, merci Hajen)